Définition légale, agissements concernés, exemples reconnus par les tribunaux, protections et démarches : tout ce qu’il faut savoir pour identifier une situation de harcèlement sexuel et agir.
La loi définit deux formes de harcèlement sexuel (C. trav., art. L. 1153-1 ; C. pén., art. 222-33) :
Forme répétée
Le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste qui portent atteinte à sa dignité (caractère dégradant ou humiliant) ou créent une situation intimidante, hostile ou offensante.
Fait unique suffisant
Le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle. Un seul acte suffit dans ce cas pour constituer l’infraction.
La définition est très large. Elle couvre aussi bien les contraintes physiques (attouchements, gestes équivoques…) que morales (injures, menaces verbales, actes sexistes ou homophobes…). Les faits peuvent se dérouler en dehors du temps et du lieu de travail dès lors que les protagonistes sont en contact en raison de leur relation professionnelle (Cass. soc., 19 octobre 2011).
À RETENIR Il n’est pas nécessaire que la victime ait manifesté expressément son refus. Son désaccord peut être déduit de son silence. L’auteur ne peut pas s’exonérer en invoquant son absence de conscience de la portée de ses actes.
Qui peut être auteur ? Qui peut être victime ?
Le harceleur peut être n’importe quelle personne de l’entreprise ou intervenant dans ses locaux, qu’elle dispose ou non d’un lien hiérarchique avec la victime : employeur, collègue, subordonné, prestataire, client.
La victime peut être :
Tout salarié, homme ou femme, quel que soit son niveau hiérarchique — y compris un cadre dirigeant.
Un candidat à un recrutement, un stagiaire ou une personne en formation.
Un salarié d’une entreprise extérieure en mission dans l’entreprise d’accueil.
Une personne du même sexe ou de sexe différent que l’auteur des faits.
Le témoin de faits de harcèlement sexuel bénéficie des mêmes protections contre toute mesurediscriminatoire que la victime directe.
La qualification repose sur l’appréciation souveraine des juges. Voici des repères issus de la jurisprudence:
Reconnu comme harcèlement sexuel
Attouchements répétés sur les fesses ou la poitrine d’une salariée, imposés par un supérieur hiérarchique (CA Paris, 1996).
Propos répétés d’un manager d’un caractère particulièrement déplacé, humiliant, sexiste et dégradant, portant atteinte à la dignité — même sans but explicite d’obtenir un acte sexuel (Cass.soc., 11 décembre 2024).
Un fait unique suffit : le président d’une association qui « conseille » à une salariée se plaignant de coups de soleil de « dormir avec lui dans sa chambre » (Cass. soc., 17 mai 2017).
Non reconnu
Envoi de deux SMS évoquant avec nostalgie une relation amoureuse passée entre un supérieur et une salariée (Cass. soc., 2015).
Remarque inappropriée d’un dirigeant sur le physique d’une salariée, sans que les propos, malgré leur caractère inadmissible, ne révèlent la volonté d’obtenir des faveurs sexuelles (Cass.soc., 2022).
Tentative d’embrasser une salariée par un chef des ventes, dans un contexte de familiarité réciproque attestée sur 10 ans par des mails affectueux (Cass. soc., 2013).
Le doute profite à la victime. Les juges examinent l’ensemble des éléments produits dans leur globalité. Si des faits, pris dans leur ensemble, laissent présumer un harcèlement, c’est à l’employeur de démontrer que ses décisions sont justifiées par des éléments objectifs étrangers à tout harcèlement.
Les sanctions encourues par l’auteur
Sanctions pénales
2 ans de prison et 30 000 € d’amende
3 ans et 45 000 € en cas de circonstances aggravantes (abus d’autorité, victime mineure ou vulnérable…)
Agression sexuelle : 5 ans et 75 000 €
Outrage sexiste : contravention (4e ou 5e classe)
Sanctions disciplinaires
Licenciement pour faute grave nécessairement justifié, quelle que soit l’ancienneté (Cass. soc., 5 novembre 2025)
Faute grave même si l’employeur avait toléré les mêmes agissements par le passé
Un simple avertissement ne suffit pas : il constitue un manquement à l’obligation de sécurité
VOS PROTECTIONS ET LES DÉMARCHES À SUIVRE
Vous ne pouvez être ni sanctionné(e) ni licencié(e) pour avoir subi ou refusé de subir un harcèlement sexuel. Toute mesure prise en violation de ce principe est nulle de plein droit. La protection s’applique pendant et après la rupture du contrat de travail.
1. Consultez votre médecin
Faites constater votre état de santé dès que possible. Le certificat médical est une pièce clé de votre dossier.
2. Signalez les faits par écrit
Alertez votre employeur, les RH ou le référent harcèlement sexuel de l’entreprise (obligatoire dans les entreprises de 250 salariés et plus). Consignez les faits précisément avec les dates.
3. Constituez vos preuves
Témoignages, e-mails, SMS, courriers, certificats médicaux. La preuve est libre : tout moyen est recevable. Vous pouvez vous constituer vous-même comme source de preuve (correspondances personnelles, notes de journal).
4. Alertez le CSE
Le CSE peut proposer des actions de prévention, participer à une enquête interne et saisir les autorités compétentes si l’employeur ne réagit pas.
5. Engagez une procédure si nécessaire
Vous pouvez saisir le conseil de prud’hommes (délai : 5 ans) et/ou porter plainte au pénal (délai : 6 ans). La CFDT peut agir en justice en votre faveur avec votre accord écrit.
DÉLAIS À RESPECTER Action devant le conseil de prud’hommes : 5 ans suivant les faits. Action pénale pour délit de harcèlement sexuel : 6 ans. Ces délais courent même si les faits se sont produits hors du lieu et des horaires de travail.
Besoin d’aide ?
CFDT AXA France : contactez votre section syndicale en cas de doute.